3.6 : LSQ, privation linguistique et emploi : mieux comprendre pour mieux inclure
Quand on parle de bilinguisme au Québec, on pense surtout au français et à l’anglais. Mais pour plusieurs personnes sourdes, sourdes-aveugles et malentendantes (PSSAM), la langue des signes québécoise (LSQ) est leur première langue. Le français vient souvent en deuxième... ou même en troisième. De nombreuses PSSAM ont été privées d’une langue naturelle durant leurs premières années de vie, que ce soit en raison de décisions médicales, d’un manque d’information ou de choix familiaux. Cette privation a des conséquences majeures sur leur développement linguistique, leur compréhension du monde et leur apprentissage de toute autre langue par la suite. Rappelons qu’une langue naturelle est une langue vivante, acquise spontanément, sans effort conscient, par l’être humain pour communiquer pleinement, qu’elle soit parlée ou signée.
Cette réalité peut entraîner d’importants défis linguistiques en milieu de travail, que les employeurs doivent comprendre pour favoriser une inclusion réelle et durable.
Quand la langue des signes arrive trop tard
La LSQ est une langue visuo-spatiale à part entière, qui s’exprime par le regard, les signes, le corps et les expressions faciales. Elle possède sa propre grammaire, son vocabulaire et sa structure. Pourtant, de nombreux enfants sourds n’y ont pas accès dès leur naissance. Il est important de garder à l’esprit qu’un enfant qui naît et grandit avec un niveau d’audition différent dépend davantage de la vue pour comprendre, communiquer et se développer. De plus, pour un enfant, la lecture labiale (sur les lèvres) nécessite un niveau de concentration accrue, et ne lui permet de capter qu’une partie du message. Ainsi, s’il n’a pas accès à un mode de communication adapté à ses capacités, il peut vivre ce qu’on appelle une privation linguistique. Cela signifie qu’il peut passer des années critiques sans bien comprendre ce qui se dit autour de lui, faute d’accès à une langue qu’il comprend réellement.
Dans certains cas, la LSQ n’est introduite que plus tard, à l’école ou même à l’adolescence, ce qui est très tard en ce qui concerne l’acquisition du langage. Ainsi, le français écrit devient très difficile à apprendre lorsqu’on n’a pas eu une base solide dans une langue dès l’enfance.
Cela signifie que certaines PSSAM peuvent éprouver des difficultés à lire un texte, remplir un formulaire, ou comprendre des consignes écrites, non pas parce qu’elles manquent d’intelligence, mais parce qu’elles n’ont pas eu un accès complet à une langue au moment crucial de leur développement.
Quand la communication devient un défi en milieu de travail
Pour un employeur, il est essentiel de comprendre que certaines PSSAM peuvent :
- Souhaiter la présence d’un·e interprète français-LSQ pour échanger plus aisément;
- Préférer recevoir et transmettre de l’information directement en LSQ;
- Avoir des échanges limités avec leurs collègues si ceux-ci ne connaissent pas la LSQ, surtout en l’absence d’un·e interprète;
- Rencontrer des difficultés à lire ou écrire en français standard (courriels, documents);
- Avoir besoin de plus de temps pour comprendre des documents écrits.
Ces réalités ne doivent pas être perçues comme des obstacles, mais plutôt comme des situations qui nécessitent des ajustements.
Des solutions concrètes pour un milieu de travail plus inclusif
Voici quelques actions concrètes que les PME peuvent mettre en place :
- Faire appel à un·e interprète français-LSQ lors des entrevues, réunions (formelles ou informelles) et activités nécessitant des échanges;
- Utiliser des supports visuels (images, vidéos en LSQ ou sous-titrés, selon l’aisance de la personne);
- Rédiger les documents en utilisant des phrases simples et claires;
- Prendre le temps de valider la compréhension, sans jugement.
Une richesse à découvrir
Embaucher une personne sourde, c’est aussi découvrir une culture riche et méconnue : la culture sourde. Elle se distingue par sa communication visuelle, sa créativité et sa grande résilience. Les PSSAM apportent souvent un regard différent, une excellente capacité d’adaptation et un engagement professionnel remarquable.
Quand on reconnaît que le français n’est pas toujours la langue maternelle, on ouvre la porte à une meilleure compréhension, à plus de souplesse et à un climat de travail plus inclusif. Il ne s’agit pas seulement d’embaucher, mais aussi d’écouter, d’accompagner, et de s’ajuster. Avec les bons outils et la bonne attitude, les défis linguistiques deviennent des occasions de grandir ensemble.
Déclaration:
Optez pour le talent n’a ménagé aucun effort pour utiliser les mots les plus respectueux au moment de rédiger les présents documents. Nous sommes toutefois conscients que la terminologie la plus appropriée peut changer avec le temps. Nous avons rédigé ces documents avec l’intention de respecter la dignité et les droits fondamentaux de chacun.
Optez pour le talent n’a ménagé aucun effort pour utiliser les mots les plus respectueux au moment de rédiger les présents documents. Nous sommes toutefois conscients que la terminologie la plus appropriée peut changer avec le temps. Nous avons rédigé ces documents avec l’intention de respecter la dignité et les droits fondamentaux de chacun.


